La prière de consultation : demander conseil à plus grand que soi
La prière de consultation : demander conseil à plus grand que soi
Une prière pour les moments de choix
Il y a des décisions qui ne se tranchent pas avec une liste d'avantages et d'inconvénients. Accepter ce travail ou le refuser. S'engager avec cette personne ou pas. Partir, rester, dire oui, dire non. On tourne le problème dans tous les sens, on demande l'avis des uns et des autres, et on reste avec le même nœud.
La prière de consultation répond exactement à ce moment-là. Elle ne demande pas à Dieu de nous dire quoi faire à la place de notre tête : elle Lui demande de nous guider vers ce qui est bon, et d'écarter ce qui est mauvais — y compris quand on est incapable de faire la différence soi-même.
Le texte de la prière
O seigneur
Je te demande par ta science,De me conseiller
je te demande par ta puissance, de Me fortifier
je te demande de m'accorder ta grâce immense
car tu es capable, moi je ne le suis pas
tu sais moi je ne sais pas et toi seul est le connaisseur
et l'invisible au seigneur si tu sais que
"cette affaire"
"la demande en question"
Et bon pour moi, pour ma religion et
ma vie présente et ma vie future.
Alors facilite là, pour moi rend la facile et béni
là pour moi et si tu sais que cette affaire et mauvaise
pour moi pour ma religion pour ma vie présente pour ma vie future
alors éloigne la de moi éloigne-moi d'elle et des crêtes pour moi ce qui est le meilleur où il se trouve et rends-moi satisfait de ce choix.
Amen.
Ce que chaque partie veut dire
« Par Ta science, de me conseiller. » On ne commence pas par demander un résultat. On demande d'être conseillé. C'est un aveu : je ne vois pas assez loin.
« Tu es capable, et moi je ne le suis pas ; Tu sais, et moi je ne sais pas. » Trois lignes qui remettent chaque chose à sa place. Ce n'est pas de l'humiliation, c'est du réalisme. Nous décidons toujours avec une information incomplète — sur les autres, sur l'avenir, et surtout sur nous-mêmes.
« Nomme ici l'affaire. » Le cœur de la prière. On ne prie pas dans le vague : on dit précisément de quoi il s'agit. Cette précision est déjà un travail sur soi — beaucoup de gens découvrent, à ce moment-là, qu'ils n'arrivent pas à formuler clairement ce qu'ils veulent.
« Bonne pour ma religion, ma vie présente et ma vie future. » Trois critères, pas un. Une chose peut être bonne pour le portefeuille et mauvaise pour l'âme. Le bien demandé ici est complet, ou il n'est pas.
« Alors facilite-la… ou éloigne-la de moi. » La demande est symétrique. C'est ce qui la distingue d'un souhait déguisé en prière. On accepte à l'avance la réponse négative.
« Rends-moi satisfait de ce choix. » La fin est peut-être la plus difficile. On ne demande pas seulement le bon chemin : on demande la paix avec le chemin donné. C'est une demande de cœur, pas de circonstances.
Comment on la fait
Dans la tradition, cette prière — l'istikhâra — se fait après deux unités de prière surérogatoire, en dehors des prières obligatoires. Le Prophète, selon un récit rapporté par Jâbir ibn 'Abd Allâh, l'enseignait à ses compagnons comme il leur enseignait une sourate du Coran : c'est dire l'importance qu'il lui accordait.
On prie, puis on récite l'invocation en nommant l'affaire. On peut la répéter plusieurs jours si le cœur reste partagé.
Ce qu'elle n'est pas
C'est le malentendu le plus répandu : beaucoup attendent un rêve, un signe spectaculaire, une voix. Rien dans la prière ne le promet.
Ce qui est demandé, c'est la facilitation ou l'éloignement. Autrement dit, la réponse arrive le plus souvent par les événements eux-mêmes : les portes qui s'ouvrent sans forcer, ou celles qui se ferment les unes après les autres. Et par l'état du cœur : l'apaisement d'un côté, le resserrement de l'autre.
Autre point essentiel : cette prière ne remplace pas la réflexion. La démarche complète tient en trois temps — on réfléchit, on prend conseil auprès de gens de confiance, et ensuite on consulte Dieu. Puis on agit. Faire l'istikhâra en restant assis à attendre que le ciel décide, c'est n'avoir compris ni la prière ni sa propre responsabilité.
Trois exemples concrets
1. Changer d'emploi
Tu fais la prière : « Ô Seigneur, conseille-moi sur ce nouveau métier. » Puis tu fais exactement ce que tu aurais fait sans elle : tu écris ton CV, tu postules, tu passes les entretiens, tu vas sur le terrain.
Et là, tu regardes ce qui se passe. Si les employeurs ferment les uns après les autres — pas de réponse, refus, poste annulé — c'est peut-être que cette entreprise n'était pas la bonne pour toi, ni pour évoluer, ni pour apprendre. Si au contraire une porte s'ouvre, ou plusieurs, c'est peut-être qu'on te donne le choix entre plusieurs chemins qui ont chacun quelque chose à t'apporter.
Tu n'as pas eu de rêve. Tu n'as pas vu de signe dans le ciel. Tu as eu une réponse directe : des portes ouvertes, des portes fermées. Et tu l'as eue parce que tu as fait ton travail — tu es allé chercher.
2. Se marier ou non
Même logique, avec des enjeux plus lourds. Tu pries, puis tu avances : tu rencontres les familles, tu prépares, tu organises.
Si ce mariage doit se faire, les portes s'ouvrent. Si à l'inverse quelque chose cloche, les signes s'accumulent et ils ne sont pas discrets : des gens qui viennent te parler de tromperies, une histoire cachée qui remonte, un traiteur qui lâche à la dernière minute, une coupure de courant dans la salle le matin même.
Mais attention à la lecture. Si l'église prend feu à cause d'un chantier voisin, cela ne veut pas forcément dire que le mariage ne doit pas avoir lieu — cela peut vouloir dire que ce n'est pas le bon lieu, et qu'il faut le célébrer ailleurs. Un obstacle sur le chemin ne condamne pas toujours la destination : parfois il ne condamne que l'itinéraire.
C'est là que la prière demande du discernement. Tout accroc n'est pas un verdict. Il faut distinguer ce qui touche au fond — la personne, la sincérité, la confiance — de ce qui ne touche qu'à l'organisation.
3. Acheter une voiture
Un exemple plus modeste, mais le mécanisme est identique. Tu pries, puis tu vas voir le véhicule.
Et tu ouvres les yeux. Le vendeur est fuyant, les papiers ne sont pas à jour, la voiture ne démarre pas du premier coup, il y a un bruit qu'on t'explique mal. Ce ne sont pas des présages mystérieux : ce sont des faits. Mais celui qui a demandé conseil les regarde au lieu de les balayer parce qu'il avait envie de cette voiture.
Si au contraire tout est net — le vendeur est clair, les documents sont là, l'essai se passe bien, le prix tient — alors la route s'ouvre. C'est probablement celle-là.
Le point commun des trois
Dans aucun de ces cas la réponse n'est tombée du ciel. Elle est arrivée par les choses, par les gens, par les obstacles ou leur absence. La prière n'a pas remplacé la démarche : elle a rendu la personne attentive.
Et c'est peut-être son effet le plus discret. Celui qui a confié son affaire à Dieu regarde ensuite la réalité en face, au lieu de la forcer à ressembler à son désir.
L'esprit de la chose
Au fond, cette prière apprend deux gestes contraires et complémentaires : décider quand même, et lâcher prise sur le résultat.
On avance parce qu'il faut avancer. Et on accepte que le meilleur pour nous ne soit pas toujours ce qu'on voulait. Celui qui prie ainsi et se voit refuser une porte n'a pas perdu : il a été protégé de quelque chose qu'il ne pouvait pas voir.
C'est peut-être là toute la consolation de la prière de consultation — savoir qu'on n'est pas seul à porter le poids de ses choix.
