Les sept choses que l'Éternel a en horreur
Un autre « sept » que celui des péchés capitaux
Tout le monde connaît les sept péchés capitaux. Beaucoup moins connaissent l'autre liste de sept — plus ancienne, plus brutale, et qui ne dit pas la même chose.
Les péchés capitaux décrivent des dispositions intérieures : l'orgueil, l'envie, la colère. Ce sont des maladies de l'âme. La liste du livre des Proverbes, elle, ne parle pas de sentiments : elle parle de ce qu'on fait avec son corps. Des yeux, une langue, des mains, un cœur, des pieds. Ce n'est plus un diagnostic, c'est un constat.
Le texte
16 Il y a six choses que hait l'Éternel, et même sept qu'il a en horreur ;
17 Les yeux hautains, la langue menteuse, les mains qui répandent le sang innocent,
18 Le cœur qui médite des projets iniques, les pieds qui se hâtent de courir au mal,
19 Le faux témoin qui dit des mensonges, et celui qui excite des querelles entre frères.
— Proverbes 6, 16-19
Ce livre appartient à l'Ancien Testament : il est commun aux juifs, aux catholiques et aux protestants. La version citée ici est celle de Louis Segond.
« Six... et même sept » : pourquoi cette étrange façon de compter ?
Ce n'est pas une hésitation. C'est un procédé de style bien connu de la poésie hébraïque : on annonce un nombre, puis on ajoute un de plus. Et ce dernier ajouté n'est jamais le moins important — c'est le sommet. Tout le compte est construit pour aboutir à lui.
Autrement dit, la septième chose — celui qui excite des querelles entre frères — n'est pas la queue de la liste. C'est sa pointe. C'est celle qu'Il a vraiment en horreur. Nous y reviendrons à la fin.
Les sept, un par un — et leur écho dans le Coran
Précisons d'abord une chose honnêtement : il n'existe pas dans le Coran un verset unique énumérant sept choses détestées de Dieu, qui serait le décalque de Proverbes 6. Mais chacun des sept y trouve un écho direct, souvent formulé avec la même violence. Les traductions données ici sont approximatives, comme toute traduction du Coran.
1. Les yeux hautains
L'orgueil qui se voit sur le visage. Pas celui qu'on pense : celui qu'on affiche, ce regard qui mesure les autres de haut.
« Ne détourne pas ton visage des hommes, et ne foule pas la terre avec arrogance : Dieu n'aime pas le présomptueux plein de gloriole. »
— Coran 31, 18 (Luqmân)
« Ne foule pas la terre avec orgueil : tu ne pourras jamais fendre la terre, ni atteindre la hauteur des montagnes. »
— Coran 17, 37
« En vérité, Il n'aime pas les orgueilleux. »
— Coran 16, 23
La réponse est la même des deux côtés : celui qui se hausse ne monte pas, il se rend seulement ridicule.
2. La langue menteuse
Non pas le mensonge occasionnel de la peur, mais la langue devenue menteuse — celle pour qui mentir est le régime normal.
« Évitez la parole mensongère. »
— Coran 22, 30
« Dieu ne guide pas celui qui est menteur et grand ingrat. »
— Coran 39, 3
3. Les mains qui répandent le sang innocent
Le mot qui pèse ici est innocent. Il ne s'agit pas de la guerre ou de la justice : il s'agit du sang de celui qui n'avait rien fait.
« Quiconque tuerait une personne non coupable d'un meurtre ou d'une corruption sur la terre, c'est comme s'il avait tué tous les hommes. Et quiconque lui fait don de la vie, c'est comme s'il faisait don de la vie à tous les hommes. »
— Coran 5, 32
C'est sans doute le parallèle le plus fort des sept. Les deux textes disent la même chose : une vie innocente n'est pas une unité dans un total, c'est un monde entier.
4. Le cœur qui médite des projets iniques
Ici, rien n'a encore été commis. Le mal est seulement pensé, préparé, mûri dans le silence. Et c'est déjà haï.
« Mais la ruse mauvaise n'enveloppe que ceux qui la trament. »
— Coran 35, 43
Une même intuition dans les deux traditions : le piège que l'on creuse finit sous les pieds de celui qui l'a creusé.
5. Les pieds qui se hâtent de courir au mal
Le détail décisif est dans le verbe : se hâter. Ce n'est pas quelqu'un qui tombe, c'est quelqu'un qui court. Le mal ne lui coûte plus — il l'attire.
« Et tu verras beaucoup d'entre eux se précipiter vers le péché et l'hostilité. »
— Coran 5, 62
L'image est presque mot pour mot la même. Ce qui est visé n'est pas la faiblesse : c'est l'empressement.
6. Le faux témoin qui dit des mensonges
Le mensonge revient — mais ce n'est plus le même. Le faux témoignage est le mensonge armé par l'institution : il utilise la justice elle-même pour écraser un innocent. C'est pourquoi il mérite sa propre ligne.
« [Les serviteurs du Tout-Miséricordieux sont] ceux qui ne portent pas de faux témoignage. »
— Coran 25, 72
« Ô vous qui croyez ! Soyez fermes en justice, témoins devant Dieu, fût-ce contre vous-mêmes, contre vos père et mère ou vos proches. »
— Coran 4, 135
7. Celui qui excite des querelles entre frères
Le sommet de la liste.
« Malheur à tout calomniateur, diffamateur. »
— Coran 104, 1
« [N'obéis pas au] grand diffamateur, colporteur de médisance. »
— Coran 68, 11
« Les croyants ne sont que des frères. Réconciliez-vous donc entre vos frères. »
— Coran 49, 10
« Il n'y a rien de bon dans la plupart de leurs conversations secrètes, sauf chez celui qui ordonne une aumône, une bonne action ou une réconciliation entre les gens. »
— Coran 4, 114
Les sept péchés destructeurs de l'islam
Si l'on cherche un « sept » qui existe réellement comme liste dans la tradition musulmane, on le trouve — non dans le Coran, mais dans un hadith rapporté par al-Bukhârî et Muslim. Le Prophète y énumère sept péchés destructeurs (as-sab' al-mûbiqât) :
Associer quoi que ce soit à Dieu ;
La sorcellerie ;
Tuer une âme que Dieu a rendue sacrée, sans droit ;
Consommer l'usure ;
Dévorer le bien de l'orphelin ;
Fuir le jour de la bataille ;
Accuser de fornication des femmes croyantes, chastes et innocentes.
Les deux listes ne se superposent pas — elles n'ont pas le même objet. Mais les recoupements sautent aux yeux : le sang innocent y figure, et la dernière entrée est exactement notre sixième, la calomnie qui détruit la réputation d'un innocent. Trois traditions, et le même verdict : détruire quelqu'un avec des mots est de la même famille que le détruire avec des mains.
Ce que la liste dessine vraiment
Regardez l'ordre : les yeux, la langue, les mains, le cœur, les pieds. Puis, quand tout le corps a été passé en revue, deux entrées qui n'en font plus partie : le faux témoin et le semeur de discorde.
Le message est visuel. Ce n'est pas un homme qui commet une faute : c'est un homme entier, de la tête aux pieds, mobilisé pour le mal. Chaque organe a été enrôlé. Et une fois cet homme complet, ce qu'il produit dans le monde, ce sont ces deux choses : il ment devant les juges, et il brouille les frères.
Pourquoi la septième est la pire
On pourrait s'étonner. Comment celui qui sème la zizanie peut-il passer devant celui qui répand le sang innocent ?
Parce qu'il ne se salit jamais les mains. Le meurtrier tue une fois, on le voit, on le juge. Celui qui excite les querelles, lui, n'est jamais sur le lieu du crime. Il glisse un mot ici, une allusion là, il rapporte à l'un ce que l'autre a dit — et il regarde brûler. Il détruit des familles entières sans qu'on puisse lui reprocher un seul acte. Il est le seul des sept qui fabrique tous les autres : les querelles qu'il allume produiront les mensonges, les faux témoignages, et parfois le sang.
Et surtout : il détruit précisément ce que Dieu voulait construire. « Les croyants ne sont que des frères. » Défaire la fraternité, c'est défaire l'ouvrage lui-même.
Pour finir
Les péchés capitaux nous demandent : qu'est-ce qui te ronge à l'intérieur ?
Cette liste-ci pose une question plus dure, parce qu'on ne peut pas y répondre par un sentiment : qu'est-ce que tes yeux, ta langue, tes mains et tes pieds ont fait cette semaine ?
Et la dernière question, la septième, est celle qui devrait nous tenir éveillés : est-ce que je laisse les gens plus unis, ou plus divisés, après mon passage ? Car des sept, c'est celle-là qu'Il a en horreur.
